Le geste de Robert Smith

 Je vais voir The Cure en concert au mois de mai. Aujourd’hui, j’ai appris que Robert Smith, le chanteur de ce groupe légendaire et unique en son genre que j’ai tant écouté, a exigé que les billets soient vendus à très bon marché, ce dont je m’étais aperçu en achetant le mien il y a quelques jours. Je m’attendais à une somme faramineuse. Quelle a été ma surprise lorsque j’ai pu me procurer, pour un peu plus de 100 $, une place très bien située. Et ce n’est pas tout! J’ai reçu aujourd’hui un courriel du promoteur, Ticketmaster, qui m’annonçait un remboursement de 5 $, et ce, grâce à Robert Smith lui-même! Ce n’était tout simplement pas croyable. Et pourtant, en me renseignant sur Internet, j’ai pu m’assurer de  la véracité de l’information. Faisant fi de la volonté de Robert, qui tenait à ce que les billets d’entrée de gamme soient vendus à aussi peu que 20 $, Ticketmaster avait majoré le prix. Apprenant la nouvelle, Robert s’était indigné et avait demandé des explications à l’entreprise, qui n'avait pas pu justifier la majoration. L’excédent a donc dû être reversé aux acheteurs. J’ai toujours soupçonné que Robert était quelqu’un d’authentique et d’attentionné, mais je n’avais jamais imaginé qu’une telle chose soit possible : qu’il surveille personnellement le prix des billets pour ses concerts. Je me considère chanceux d’avoir connu ce groupe et, surtout, de pouvoir le voir en concert, alors qu’il vieillit et que ses apparitions se font de plus en plus rares, surtout en dehors du Royaume-Uni. Je me sens béni pour avoir été parmi les contemporains d'un artiste vrai, aussi bien dans son art que dans la  vie, cohérence que l’on n'en rencontre guère plus. Sa sincérité et son authenticité sont tout à son honneur. Des qualités extrêmement rares dans notre époque sans âme.
Je trépigne d’impatience et d’émotion à l’idée de voir Robert et compagnie sur scène. Je suis même quelque peu inquiet. J’éprouve l’inquiétude qui précède souvent la réalisation des rêves, celle qui accompagne le pressentiment du contraste entre les attentes élevées, en quelque sorte inatteignables, et la réalité, toujours triviale, toujours délavée par le contact du quotidien. Il est pénible de voir ses rêves se réaliser, car ils perdent du même coup leur qualité de rêves, et dans ce sens, c’est un sentiment de deuil qui s’empare de nous, bien plus que la jubilation née du désir assouvi. Par ailleurs, Robert devrait pouvoir comprendre mon état d’esprit, lui qui chantait « to wish impossible things ».
J’aime The Cure. Ce fut une des grandes découvertes dans ma vie, un jalon dans mon parcours personnel. Un groupe qui échappe avec détermination, mais aussi avec élégance, aux cases dans lesquels on tente le cantonner : gothique, dark wave, etc. Comme le lâche Bob lui-même, sur le ton pince-sans-rire débonnaire qui lui est propre : The Cure demeureraient-ils un groupe gothique si le chanteur venait à perdre ses cheveux?



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