Hochelaga

Je suis en route vers Hochelaga que je vais voir pour la première fois de ma vie. Mes oreilles entendent le familier "prochaine station Place Saint-Henri". Je vais faire une escale à la BANQ pour faire le plein de CDs (dans quelle époque passéiste nous vivons!). Je continue ensuite vers la station Préfontaine.
A la bibliothèque, où j'ai déniché avec grande joie des albums de Loïc April, de Canailles et de Louis-Jean Cormier, une adolescente à l'allure grunge à emprunté un album d'Alice in Chains. J'ai failli hennir de joie. Des adolescent.e.s empruntant des CDs grunge à la bibliothèque ! Les bons vieux temps refusent de crisser le camp.
Hochelaga m'a accueilli de bonne humeur, ensoleillé, pépère dans cet après-midi d'octobre. L'automne montréalais dans toute sa splendeur !
Un type légèrement louche m'a reluqué en bas de la station Préfontaine. Je m'en suis mis sur mes gardes. Quand on sait qu'on s'en va dans un quartier mal famé, on s'imagine attendu avec une brique et un fanal dès qu'on y a mis le pied.
La première vue qui s'est déployée devant mes yeux étourdis était celle-ci :


Ce gars venait de relever sa planche à roulette avant de se diriger vers le trottoir. J'ai continué vers le coeur du quartier, en zigzaguant de droite à gauche, histoire de parcourir tout le territoire d'une seule traite. J'allais donc du métro Préfontaine vers l'intersection des rues Pie-XI et Notre-Dame Est (au bord de l'eau presque). 
Ainsi, j'ai commencé mon périple par la rue Hochelaga.

Les rues qui peuvent se disputer mon coeur (non qu'elle le font réellement) sont donc la rue Saint-Germain, la rue de Rouen, la rue Aylwin, la rue de Chambly.
Voici une vue sur la rue Saint-Germain :


Vint ensuite toute l'enfilade des rues jonchées de feuilles jaunes, plus belles les unes que les autres. Le quartier a beau être malfamé, je lui trouve un charme puissant et une beauté qui n'a rien à envier au Plateau Mont-Royal (au contraire, je trouve l'architecture plus humaine, plus chaleureuse, plus accessible et non moins exquise que celle du Plateau). En fait, est-ce qu'il continue d'avoir mauvaise réputation ? N'a-t-il lui aussi connu la gentrification, comme Saint-Henri ou la Petite-Bourgogne ? J'ai cru repérer des indices d'embourgeoisement, dans cette phase de l'embourgeoisement qui laisse encore respirer, qui n'a pas encore enserré l'âme dans un étau d'autosatisfaction.


Une habitation pour poètes maudits contemporains.


A l'approche de la Toussaint, la ville pullule de décorations macabres (mais qui, dans un environnement comme Hochelaga, adoptent subitement des teintes sympathiques, conviviales) :


Jolie représentation de la naissance, du commencement de la vie et du bouleveresement qu'elle apporte, mi-naïve, mi-grotesque, mi-ironique, mi-sincère et touchante, très montréalaise à mon sens :


Une rue latérale, verte (une de ces ruelles sans nom qui croisent les rues officielles qu'on trouve à de nombreux endroits à Montréal).


Ce restaurant m'a rappelé une boucherie à Sofia qui porte le nom "La bulgare" (Българка), à la place Journaliste. D'où vient cette passion qui marie patriotisme, galanterie et la gastronomie de bas étage ?De la même source que le machisme et le sexisme, me répondraient probablement certain.e.s. Et ils ou elles auraient peut-être raison.



Dans une autre ruelle verte, j'ai surpris un écureuil en train de parcourir le seuil de cet édicule bigarré.


Demi-tour dans la ruelle, et c'est ce qui a pointé dans ma vue :


Beau bâtiment à la peau crémeuse. Une de ces nombrueses façades montréalaises qui me mettent l'eau à la bouche, tant leur teintes rappellent à mes papilles une substance délicieuse, sucrée et moelleuse, du chocolat, du caramel ou du pudding :


Il y a quelque chose d'irrésistible dans ces couleurs-là. Elles sont si émouvantes qu'on se sent incapable de réagir à leur hauteur, d'être digne de cohabiter avec elles.


Le boulevard (ou avenue, ou rue, whatever, on s'en câlisse) Notre-Dame Est. Une dame m'a jeté un regard perçant et désapprobateur depuis la fenêtre de son char pendant qu'elle attendait au feu rouge. J'étais modestement vêtu, comme je m'habille en fin de semaine pour arpenter en toute liberté à travers la ville (libéré des contraintes et de la fausseté du milieu du travail). Elle a dû me prendre pour un représentant typique de l'arrondissement MHM et a dû se féliciter de ne pas l'habiter. La pauvre !*


* Peut-être que c'est moi le pauvre, car il se trouve que c'est elle l'habitante de MHM et que son regrad trahissait non pas le mépris mais la surprise de spotter un étranger si flagrant arpenter les rues de son quartier.

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