samedi 9 décembre 2017

Yves Bequchemin – Le Matou

Le roman raconte les aventures du jeune couple d’époux Florent et Elise Boissonneault. C’est un roman d’aventures épique, retraçant les péripéties traversées par les héros dans leur quête de prospérité économique, de calme et d’épanouissement familial. Ces aspirations sont systématiquement entravées pas le sinistre vieillard Egon Ratablavasky. En effet, il me semble que l’intrigue centrale du roman tourne autour dudit vieillard. La nature de ce personnage et surtout les motifs qui le poussent à affliger le jeune couple de ses coups de Jarnac restent opaques mais comme sur le point d’être révélées au lecteur, ce qui agace ultimement la curiosité de celui-ci. On veut enfin apprendre s’il s’agit d’un être surnaturel. Serait-ce le malin lui-même qui aurait trouvé une incarnation dans le corps de la vieille fripouille? La plupart du récit nous porte à le croire, mais d’autres épisodes sapent cette conjecture en suggérant qu’il s’agit d’un cas de démence sénile. Le début du roman nous avait plutôt mis sur la piste des motifs crapuleux, le vieillard étant vraisemblablement un escroc aguéri. Mais toutes ces hypothèses demeurent sans réponses jusqu’à la fin du récit, ce qui, à sincèrement parler, m’a un peu déçu. L’intrigue principale du roman s’est révélée un acte de grivèlerie, si je peux me permettre cette figure. Cette frustration mise à part, je trouve l’histoire du vieux très bien soutenue tout au long des pages, pleine d’enjeux philosphiques, religieux, moraux, etc. D’autre part, par cette « grivèlerie » même, Beauchemin semble nous dire que les agissements des gros bonnets resteront toujours opaques pour le commun des mortels, pour les gens du peuple. Le pouvoir sera toujours une affaire malsaine où la soif de subjuguer les autres emploiera tous les moyens connus et inconnus pour arriver à ses fins. Or, comme on l’espère souvent, le grand pouvoir, présomptueux et blasé, risque souvent de perdre de vue les petits, les enfants, les mouches et les minous, les jugeant indignes de son attention. Pourtant c’est bien Déjeuner, le matou de Monsieur Emile, qui aura raison du Mal, du moins provisoirement (on peut retrouver la même idée dans Le seigneur des anneaux).

J’ai trouvé le roman passionnant à biens des niveaux. Tous les personnages sont des originaux fort curieux et captivants. Seul bémol à ce niveau : pour moi, même si Monsieur Emile et son chat occupent une place sans doute spéciale et très importante pour le récit, le personnage reste quelque peu doucereux, articifiel, invraisemblable. Il n’a pas de caractère véritable et semble n’être là que pour susciter la symptahie, la compassion et l’indignation ou alors pour faire rire, mais d’une façon trop facile, gratuite, qui doit souligner le charme des mauvais sujets, des voyous sympathiques des milieux populaires (c’est aussi un peu le cas d’Ange-Albert).

Les revirements sont inattendus, toujours surprenants, révélateurs de perspectives insoupçonnées, bien que souvent non explorées jusqu’au bout.  C’est un roman bien américain, puisque les héros sont mus avant tout par leur désir d’action, par leur dynamisme, par leur soif de poursuivre la réussite, l’acommplissement. Même le Français Picquot possède des traits américains. Le seul personnage non-américain, c’est Ratablavasky, qui serait, d’après le récit, Tchèque d’origine. Je laisserai l’interprétation  culturelle de cette image de la slavité à d’autres, le sujet s’annonçant long à débattre. Je pourrais dire que Le Matou est également un véritable manuel de gestion des affaires, et plus particulièrement du domaine de l’hôtellerie. On apprend beaucoup sur la restauration, sur l’entreprenariat. Je m’en suis même inspiré pour m’essayer à la cuisine québécoise – j’ai concocté un pâté chinois avec une touche bulgare (matérialisée par le persil frais). Voici l’apparence de mon oeuvre d’art culinaire : 




Un roman ou les ténèbres sont toujours sur le point de conquérir le monde, mais où la simplicité populaire, de par sa force de caractère, de par son aspiration naïve mais infléchissable au bonheur, de par sa verve humoristique et burlesque, réussit toujours, parfois au dernier moment, de renverser la situation et de changer la donne.

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